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Actualité - 26.06.2021

La déjà riche histoire du petit dernier

Parmi les quatre championnats de dimanche, le Prix René Ballière fait figure de création récente, puisque sa première édition a eu lieu en 1967. Encore ne portait-il pas alors ce nom-là, qu’il prendra en 1973. Tout de suite, cette course privilégiant la vitesse - ce Prix de France de l’été, en quelque sorte - a conquis les professionnels et le public. C’est aujourd’hui l’un des tournois majeurs, dédiés aux chevaux d’âge (4 ans et plus), de la saison européenne, ayant sacré, tour à tour, la plupart des cracks français de ce dernier demi-siècle.

Le Championnat 1967, telle fut l’appellation initiale, en référence à l’année de son apparition, du futur Prix René Ballière. Après quoi, il sera baptisé Championnat Européen, avant de prendre le nom de Prix René Ballière, en hommage à un très dynamique et novateur président de la S.E.C.F., en poste trente-cinq années durant, de 1935 à 1970, et sous le mandat duquel furent créées les nocturnes de Vincennes, fut acquis et développé, en centre d’entraînement, le domaine de Grosbois ou encore fut initiée, avec le concours de collègues italiens, l’Union Européenne du Trot. Entre autres. Bref, René Ballière méritait que sa mémoire fût ainsi honorée et, en un juste retour des choses, son nom donna à la course ses lettres de noblesse, une manière de caution historique, aussi, sous les auspices de l’une des plus grandes et des plus anciennes familles du trot.

Une affaire d’ « hommes »
Aucun étalon, vainqueur du « René Ballière », n’a ensuite produit un gagnant de la course, ni aucune jument. Au reste, les femelles sont fort peu représentées au palmarès. C’est simple : il n’y a qu’Une de Mai, en 1970 et 1971, et Première Steed, en 2009. A ce point, c’est rare.

Six titres étrangers seulement

Le premier vainqueur de la compétition fut un trotteur étranger, l’américain Dashing Rodney. Il y défit, habilement drivé par l’allemand Gerhardt Krüger, notre championne Roquépine et le 4 ans Toscan. Cela commençait bien pour les visiteurs, qui, par la suite, curieusement, ne se mirent pas spécialement en exergue dans cette course pourtant censée leur convenir, eu égard aux aptitudes de vitesse qui y sont requises. De la sorte, il fallut attendre Sea Cove, en 1993, pour enregistrer un nouveau succès extérieur dans l’épreuve. Celui-ci réédita en 1994, puis ce fut Jackhammer, en 2002, pour la Suède, en prélude aux victoires italiennes d’Exploit Caf, en 2008 – sous la houlette, française, de Fabrice Souloy et Jean-Michel Bazire – et de Main Wise As, en 2012. Au total, cela fait six titres étrangers, en cinquante-quatre éditions. C’est tout de même assez peu.

Un palmarès jalonné d’exploits

Que d’exploits nos trotteurs ont réussis dans ce Prix René Ballière ! Le coup de quatre de Bold Eagle, de 2016 à 2019, n’est pas le moindre d’entre eux, non plus que la passe de trois de Bellino II, de 1974 à 1976, ou les doublés d’Une de Mai, en 1970 et 1971, Buffet II, en 1972 et 1973, Lutin d’Isigny, en 1982 et 1984, Ourasi, en 1986 et 1988, Rêve d’Udon, en 1989 et 1990, Général du Pommeau, en 1999 et 2000, et Jag de Bellouet, en 2004 et 2005. D’autres ne se sont imposés qu’une fois, mais n’en ont pas moins marqué les esprits, tel Fakir du Vivier, en 1977, qui mit fin, de mémorable façon, drivé par son entraîneur, Pierre-Désiré Allaire, à la série de Bellino II ; tel Hadol du Vivier, en 1978, qui, un an après son frère aîné, offre un deuxième prix René Ballière consécutif à leur mère, la matrone Ua Uka ; tels les duettistes et grands rivaux, Idéal du Gazeau et Jorky, en 1980 et 1981 ; tels encore Ianthin, en 1983, Vivier de Montfort, en 1992, Coktail Jet, en 1995, un éblouissant Texas Charm, en 2013, ou bien Face Time Bourbon, l’année passée, qui « casse » le chronomètre [N.D.L.R. : voir, à ce sujet, notre encadré page suivante].
Deux souvenirs précis, à partager ou à faire apprécier : le doublé, ci-dessus évoqué, de l’exceptionnel Buffet II, au cours duquel le fils de Nonant le Pin, mené par son fidèle Louis Hanse, surclasse, ni plus ni moins, Une de Mai et l’américain Dart Hanover, futur lauréat du Prix d’Amérique, puis, l’année suivante, la même Une de Mai et Bellino II ; lorsqu’il était dans ces dispositions-là et sur courtes distances, Buffet II était imprenable ; autre double vainqueur, Ourasi fut particulièrement impressionnant lors du premier de ces deux succès, car, enfermé, dans une course sans train, il ne parvint à se dégager qu’extrêmement tardivement, mais donna le coup de reins du crack, pour aller chercher, en moins de cent mètres, Mon Tourbillon et Noble Atout ; du grand sport et un grand cheval.

De Jean-René Gougeon à Yves Dreux
Le driver le plus titré dans la course est Jean-René Gougeon, qui l’a gagnée à huit reprises, deux fois au sulky d’Une de Mai (1970, 1971), trois fois à celui de Bellino II (1974, 1975, 1976), une fois avec Hadol du Vivier (1978) et deux fois avec Ourasi (1986, 1988). Parmi les pilotes encore en activité, c’est Yves Dreux qui tire son épingle du jeu, avec cinq victoires, grâce à Rêve d’Udon (1989, 1990), Balou Boy (1996), Ecrin Castelets (1998) et Insert Gédé (2003).


Palmarès depuis 2010

Le français Kerjacques et l’américain Bonefish à égalité
Un étalon domine le palmarès, à savoir Ready Cash, quintuple tenant du titre, avec les quatre victoires de Bold Eagle (2016 à 2019) et celle de Face Time Bourbon (2020). Après lui viennent Kerjacques, avec les deux succès d’Une de Mai (1970, 1971) et celui de Jorky (1981), et Sébrazac, avec le doublé de Général du Pommeau (1999, 2000), suivi de la victoire de Gébrazac (2001). Mais, d’une certaine manière, Kerjacques et Sébrazac ont partie liée, celui-là étant le grand-père de celui-ci. Entre eux, il y a Ejakval, qui est, par ailleurs, le père de Rêve d’Udon, vainqueur en 1989 et 1990. Autrement dit, la lignée mâle de Kerjacques est particulièrement efficace dans ce Prix René Ballière, d’autant qu’y ressortissent également Ianthin, le lauréat de l’édition 1983, par l’entremise de Vésuve T, et Balou Boy, le gagnant de 1996, par le truchement de Moscantido et Toscan. Cela porte à dix le nombre de succès de la lignée dans la course. Un score identique à celui de la lignée de l’américain Bonefish, qui peut compter non seulement sur Ready Cash, mais sur le grand-père de celui-ci, Viking’s Way, auteur de Jag de Bellouet (2004, 2005), lui-même père d’Opus Viervil, d’où Voltigeur de Myrt (2015) ; Bonefish est, en outre, le géniteur de Sea Cove (1993, 1994).


Au haras, des « tops » et des « flops »

Comme les gagnants de beaucoup de courses de sélection, finalement, ceux du Prix René Ballière ont connu des fortunes diverses à la reproduction. Buffet II, pour revenir à lui, a été un fort talentueux géniteur, là où son contemporain, Bellino II, mort jeune, il est vrai, a échoué. Tidalium Pélo, le vainqueur de 1969, n’a pas laissé d’empreinte ; c’était pourtant un crack. Hadol du Vivier non plus, à la différence de son aîné, Fakir du Vivier, étalon de tête, en prélude à son petit-fils, Coktail Jet, bien sûr. Ourasi a été trop peu fertile pour être jugé. Rêve d’Udon a été plutôt bon, Vivier de Montfort plus améliorateur encore. Général du Pommeau n’a pas reproduit sa classe. Jag de Bellouet a répondu présent. Texas Charm déçoit. L’avenir nous en dira bientôt davantage sur Bold Eagle et Face Time Bourbon.

LES CLES DE L'EDITION 2021

L'obligation de Face Time Bourbon
La rentrée de Face Time Bourbon (Ready Cash) est évidemment l'acmé de l'acte qui va se jouer dans le Prix René Ballière (Gr.1). Le crack n'a pas été revu depuis le 6 mars, ce qui fait une absence de plus de trois mois et demi. Pour son copropriétaire Pierre Pilarski, ce retour n'est pas un problème, au contraire même, avec des arguments à l'appui : « Je fais confiance à Sébastien [Guarato] pour amener le cheval au top. Comme il a fait l’an passé ; il avait eu exactement le même programme avec une rentrée après un succès dans le Prix de Sélection. Ces chevaux d’exception, comme lui ou comme l’était Bold, sont limite des pur sang. On se rend compte que le mental et la fraîcheur est un atout pour eux. Ils sont beaucoup sur l’influx. Concernant, Face Time, il a 6 ans et c’est l’âge où les trotteurs sont vraiment à leur top. »

Distance et record
De sa création à la fin des années 1970, la course s’est courue sur 2.350 mètres, puis 2.250 mètres, voire 2.050 mètres, avant de se stabiliser à 2.100 mètres, avec départ à l’autostart, à partir de 1979. Depuis l’an dernier, le record de l’épreuve et de la distance est l’apanage de Face Time Bourbon en 1’09’’4. Auparavant, un seul avait pu descendre sous la barre des 1’10’’, en l’occurrence Texas Charm, à la faveur de son succès de 2013, en 1’09’’9.


Dernière sortie et victoire de Face Time Bourbon, le 6 mars dernier

© Aprh
Le fait que Face Time Bourbon ait hérité du 5 avec, qui plus est, ses principaux rivaux désignés, Davidson du Pont (Pacha du Pont) et Etonnant (Timoko), à son extérieur, respectivement avec les positions 7 et 9 derrière la "barrière mobile", n'est pas le moindre de ses atouts. Pierre Pilarski trouve d'ailleurs que la tâche qui se propose à son représentant est, sans doute, plus compliquée que celle qu'il a rencontrée il y a un an dans la même épreuve : « Cette année, ce ne sera peut-être pas évident. On voit que Davidson est revenu très bien. Il a couru et est en forme. Etonnant, sur 2 100 mètres, est capable de faire tête et corde. »

Etonnant et Davidson du Pont : les parfaits profils de briseurs d'idole
Les noms sont lâchés par Pierre Pilarski. Etonnant et Davidson du Pont sont tous les deux sont en grande forme. Mais tous les deux viennent de subir la loi dans le Prix Chambon P de Violetto Jet (From Above) qui pourrait être, avec le 2 derrière la voiture, la valeur refuge pour tenter un pari spéculatif contre Face Time Bourbon. Vainqueur de ses trois dernières sorties, le partenaire de Franck Nivard n'a jamais sans doute été dans une telle forme. Les frenchies sont prévenus.

Le parcours de la force mais aussi celui des échecs
Sur le parcours des 2 100 mètres autostart proposé par le Prix René Ballière, le même exercice que celui imposé dans le Prix de France, Face Time Bourbon a été à la fois impérial, voire imprenable en plusieurs occasions, comme dans l'édition 2020, quand il battait le record général de Vincennes pour le porter à 1'09''4. A contrario, c'est bien sur ce tour de piste de Vincennes que le crack a connu ses deux dernières défaites dans l'Hexagone, dans les deux dernières éditions du Prix de France, contre Davidson du Pont, qu'il retrouve dimanche, et Délia du Pommereux (Niky) cette année.

2020 : l'édition de la passation des pouvoirs entre Bold Eagle et Face Time Bourbon
Que Face Time succède à Bold Eagle l'an dernier au palmarès du Prix René Ballière n'a rien d'un hasard, sachant la proximité de leur entourage, avec Pierre Pilarski et Sébastien Guarato comme références communes. Le propriétaire nous explique à ce sujet : « Il y avait aussi l’idée de passation entre Bold Eagle et Face Time Bourbon dans les palmarès et en les présentant ensemble l’an dernier dans le Prix René Ballière et à Mons. Ce sont deux cracks qui ont fait des carrières similaires. Pour l’instant, Face Time a fait la moitié du chemin. »




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1. DREAMMOKOA. Lherete
2. VIOLETTO JET F. Nivard
3. DETROIT CASTELETSD. Thomain
4. EXPRESS JETA. Lamy
5. FACE TIME BOURBON E. Raffin
6. CHICA DE JOUDESA. Laurent
7. DAVIDSON DU PONTJ.-M Bazire
8. VALOKAJA HINDON. Bazire
9. ETONNANTA. Barrier
10. GO ON BOYR. Derieux

Pierre Pilarski : « la course de la nostalgie »

Sa casaque figure quatre fois consécutivement au au palmarès du Prix René Ballière grâce à Bold Eagle, de 2016 à 2019. Il est aussi copropriétaire de Face Time Bourbon, ce qui fait de lui un quintuple lauréat du Groupe 1 estival. On comprend donc que Pierre Pilarski ait noué une relation particulière avec le "Ballière". Il nous a confié sur ses souvenirs : « Pour moi, le Prix René Ballière, ce sont de grands souvenirs avec les quatre victoires de Bold Eagle dans la course mais c’est aussi un souvenir nostalgique car le dernier Prix René Ballière a été la dernière course à Vincennes et en France de Bold Eagle. Cette course qui ressemble à un Prix de France en été, j’ai toujours pensé à tort que c’était une course piège pour les cracks qui sortaient du meeting d’hiver et y arrivaient en fin de saison de monte contre des concurrents en pleine forme. Mais les expériences de Bold Eagle et de Face Time Bourbon prouvent qu’il n’en est rien. Concernant Bold, on peut dire que c’était sa distance et son époque dans l’année. Il était plutôt un cheval d’été. »

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