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Actualité - 09.08.2021

Yvan Bernard : itinéraire d’un éleveur inspiré

Yvan Bernard a eu deux grandes aventures dans sa vie, le Bâtiment et les Travaux Publics, d’un côté, et les chevaux, de l’autre. Lorrain d’origine, issu d’une famille de sidérurgistes, il a émigré vers l’Ouest dans les années 1950. Il ne trouvera pas immédiatement le site qui servira d’écrin à sa réussite dans les courses. Quand il en prendra possession, il créera le label Josselyn, devenu une référence du trot hexagonal.

« J’ai connu la dernière guerre et ai été élevé dans le souvenir des deux précédentes, nous avait-il dit un jour, dans une Lorraine sans cesse ballottée, entre la France et l’occupant. Cela peut paraître curieux aujourd’hui, mais, comme je n’avais pas envie de m’exposer à une nouvelle invasion, j’ai préféré m’en aller sous d’autres cieux. » Yvan Bernard se fixe alors dans l’Eure-et-Loir, dans la région de Châteaudun. Avec un ami et associé, il reprend et développe une importante entreprise de BTP. Du même coup, il se construit une maison, à la campagne, et achète un lopin de terre, puis des animaux à y faire paître. Ce seront, dans un premier temps, des moutons de sélection et, de fil en aiguille, des chevaux, soit, en l’occurrence, des trotteurs. « La réussite ne vint pas tout de suite, racontait Yvan Bernard. À cet égard, j’ai vite compris qu’en Eure-et-Loir, les terres n’étaient pas appropriées à l’élevage des chevaux. Pour faire court, je me suis dit que, si le champagne, c’était la Champagne, si le bordeaux, c’était le Bordelais, le cheval, c’était la Normandie ! Aussi, je me suis mis en quête d’un site normand. »

Pascal Bernard : « Je me ferai un devoir, le moment venu, de passer le témoin à mes enfants. »
En 2007, Yvan Bernard a transmis le flambeau des chevaux à l’un de ses trois fils, Pascal, qui a pris progressivement ses marques avec l’activité et a remarquablement mené sa barque, jusqu’à obtenir en Bélina Josselyn, descendante d’Ezira, la récompense suprême : « Je suis très heureux, pour mon père, pour nous tous, que l’œuvre perdure et je me ferai un devoir, le moment venu, de passer, à mon tour, le témoin à mes enfants. Mon père m’a fait confiance. Dès lors qu’il avait choisi d’arrêter, il a tourné la page et m’a laissé faire mon expérience, tout comme il s’était forgé la sienne. Il était content que l’aventure continue et il m’a laissé gérer les choses comme je l’entendais, de concert avec Didier Fouilleul, mon bras droit, au haras, après que son père, Rémi, eut été celui de mon père. A cet égard là, aussi, transmission il y a, de père en fils. »

Le conseil des plus grands
Parallèlement, Yvan Bernard, qui n’est pas encore, à proprement parler, de la partie et qui en a parfaitement conscience, prend conseil auprès de gens avisés et apprend, peu à peu, son rudiment équestre. Il ne se trompe pas d’interlocuteurs, en s’adressant à un Pierre-Désiré Allaire, un René Ballière, un Jean Fribault, un Georges Moreau ou un Alec Weisweiller : « Tous ont fait preuve d’une grande gentillesse, aimait-il à dire, et m’ont été d’un secours précieux. Georges Moreau en particulier, qui m’a incité à acheter le Bois-Josselyn : il y a, m’avait-il dit, une sorte de triangle d’or, en Normandie, entre Le Merlerault, Sées et Nonant-le-Pin ; or, Le Bois-Josselyn se trouve en plein dans cette zone privilégiée. Je ne me suis pas fait prier et j’ai suivi son conseil, confirmé, du reste, par Pierre Allaire et Jean Fribault. J’ai donc conclu l’affaire, d’autant que le haras était vierge de chevaux depuis quarante ans, ce qui constituait un autre facteur positif. »
En prolongement, toujours guidé par l’expérience de ses conseilleurs, Yvan Bernard jette les bases de sa réussite future en puisant ses souches à la source d’élevages éprouvés, tels ceux de Georges Moreau ou du comte de Bellaigue. Il se souvenait, en particulier, de l’acquisition d’Ezira, qui deviendra l’ancêtre de beaucoup des champions maison : « C’était aux ventes, à Vincennes. La jument était toute petite, « toisant » moins d’un mètre cinquante… Elle était longue et ensellée, qui plus est. Elle sortait de l’entraînement, sans références. Mais Jean Fribault m’a poussé à l’acheter pour son « papier », spécialement en tant que fille de Fandango. De même, mon regretté ami, André Rouer, me fit acquérir Evorine, qui me donnera, d’emblée, Lévorino. »


Une des six victoires de Cézio Josselyn dans un semi-classique à 3 ans, ici aux dépens de son rival d'alors Carus d'Occagnes

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Avec Cézio Josselyn, Jean-Etienne Dubois et sa femme (décédée il y a quelques années) après une victoire dans le Prix Paul Viel en févier 1993 - © Aprh
De Lévorino à Ozio Royal, en passant par Nodesso et les « Josselyn »
Lévorino sera le premier classique d’Yvan Bernard, qui le vendra, yearling, puis le rachètera, plus tard, en vue de sa carrière d’étalon. Dans l’intervalle, l’éclectique fils de Kerjacques se sera classé deuxième des Prix de l’Etoile et de Vincennes. Il mourra jeune, malheureusement. Peu après, ce sera l’avènement de Nodesso (Quioco), qui remporte le Critérium des 4 Ans et fait retentir la Marseillaise en Allemagne, à la faveur de son succès dans le Grand Prix de Bavière. Non seulement Nodesso est un élève d’Yvan Bernard, mais il court sous ses couleurs, lui procurant les plus grandes émotions. Tour à tour, Yvan Bernard vend ses chevaux ou les conserve, les faisant alors entraîner dans son centre d’entraînement particulier de Lanneray, en Eure-et-Loir, qu’il a monté de toutes pièces, sur les conseils de Stig Engberg, le mentor de Lévorino. L’homme a l’ambition et l’envergure du chef d’entreprise qu’il est. Il le montrera encore une fois, lorsqu’il jouera, avec quelques autres, au premier rang desquels Jean-Pierre Dubois, la carte des croisements franco-américains, envoyant plusieurs poulinières outre-Atlantique. Il en ramènera Cézio Josselyn (Armbro Goal), bien sûr – un champion, à la carrière contrariée par des ennuis de santé, puis un étalon influent –, mais encore une série de femelles de talent, qu’elles aient manifesté celui-ci sur la piste ou à la reproduction, telles Cloda Josselyn (Sugarcane Hanover), Déa Josselyn (Armbro Goal), Enova Josselyn (Armbro Goal) ou Ezira Josselyn (Royal Prestige). Adopté en 1990, le label « Josselyn » ne cesse, dès lors, de défrayer la chronique, et au Critérium des 4 Ans de Nodesso, en 1983, Yvan Bernard ajoute celui, en tant qu’éleveur, de Lulo Josselyn (Ténor de Baune), en 2003, après qu’Himo Josselyn (Cézio Josselyn) se fut octroyé, sous les couleurs maison, le Critérium des 3 Ans, ainsi que le Prix Capucine, aujourd’hui Prix Albert Viel, et le Grand Prix de l’UET. En 2007, enfin, Ozio Royal, autre fils de Cézio Josselyn, acquis foal, dans le cadre de la levée d’une option d’achat, domine, préparé et mené par « JMB » – dont Yvan Bernard a eu tôt fait de déceler le potentiel de driver, puis d’entraîneur –, le tenant du titre dans le Prix d’Amérique, Offshore Dream, et le très international Oiseau de Feux, à l’arrivée du Critérium des 5 Ans.

Bélina Josselyn boucle la boucle
C’est là la dernière grande victoire d’Yvan Bernard aux affaires. Il a plus de 80 ans et s’apprête à être relayé par son fils. Tranquille, fier de l’œuvre accomplie, il peut se retirer dans le Midi, où il jouira d’une paisible retraite, plus d’une décennie durant. Des jours ponctués par les réussites des « enfants » de son haras, que, longtemps, il continuera de suivre, à la télévision, jusqu’à l’apothéose du Prix d’Amérique de Bélina Josselyn. D’une certaine manière, la boucle était alors bouclée. Il ne lui restait plus qu’à s’en aller en paix.

Yvan Bernard sera inhumé mercredi 11 août, à Cannes, dans l’intimité familiale. 24H Au Trot s’associe à la douleur de ses proches et de ses amis.

Belina Josselyn, lors de sa sortie victorieuse dans le Prix de Paris 2020

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Remise de prix après la victoire d'Himo Josselyn dans le Critérium des 3 Ans en 1998 - © Aprh

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