... © Elise Fossard
Actualité - 27.09.2021

3.000e victoire de Thierry Duvaldestin

Thierry Duvadestin, entouré de Clément et Théo

Il est parti pour réaliser sa meilleure saison en termes de victoires avec déjà 201 marques depuis le 1er janvier. Thierry Duvaldestin signe – une nouvelle – grande année. Et ce week-end, il a franchi le cap des 3.000 victoires comme entraîneur en France. Il entre ainsi dans un club éminemment fermé. Le professionnel, tout juste quinquagénaire, propose des statistiques exceptionnelles et reste fidèle à une méthode de rigueur qui valorise au mieux chacun de ses pensionnaires. Sa grande saison 2021 est aussi une réussite collective avec le renfort et la totale implication de ses fils, Clément et Théo, à ses côtés. Notre grand entretien.

Il y a une année qui compte beaucoup pour Thierry Duvaldestin. Il nous en parlera plusieurs fois lors de notre entretien. C’est 2009, l’année qui lui a permis d’établir son record personnel de 210 succès, commentant par exemple : « Quand on regarde dans le rétro, mon score de 2009 avec 88 chevaux était incroyable. C’était très peu de partants. Deux victoires et demie par cheval dans l’année, c’est énorme. Si on compare avec les autres têtes de liste, personne n’a jamais fait cela. » Et les années suivantes sont aussi exceptionnelles, marquées de l’empreinte de Ready Cash (Indy de Vive) qu’il recevra de Philippe Allaire en 2010, à l’âge de 5 ans, et à qui il fera gagner deux Prix d’Amérique (Gr.1), deux Prix de France (Gr.1), un Prix de Paris (Gr.1) pour ne citer que les plus grands titres parisiens de l’hiver. Après avoir un peu levé le pied, en 2015 et 2016, il a décidé de remettre « un coup de collier » depuis, selon sa propre formule, avec le concours de ses fils. Résultat : le record d'un entraîneur sur une saison, établi par Yannick-Alain Briand en 2014 avec 227 titres est à portée de sabots.
24H.- Comment s’est dessinée votre saison ? Quand avez-vous pensé pouvoir être dans une année record ?
Thierry Duvaldestin.- Le mois de janvier a été très bon cette année, par rapport à mes précédents exercices. Je dirais que mon écurie a un régime normal l’hiver mais pas exceptionnel. Or fin janvier, mes résultats étaient bons [18 victoires sur le mois] et je voyais que j’avais pas mal de chevaux valables à la maison. Au début du mois de février, j’ai senti que j’allais faire une grosse année.

Il y a les faits et les chiffres mais peut-être autre chose pour pouvoir dire si tôt dans la saison qu’elle sera bonne ? L’expérience ?
Je dirais que j’avais mes repères. J’avais déjà fait cela en 2009 avec une année extraordinaire. J’avais gagné 210 courses avec seulement 88 chevaux. C’était réellement exceptionnel. Personne n’avait trop relevé à l’époque mais ce ratio de presque 2,5 victoires par cheval était extraordinaire. Au regard, cette année, j’ai eu plus de chevaux et mon ratio gagnant est moins élevé [122 chevaux différents depuis le début de l’année pour 1,7 victoire par cheval]. J’ai eu d’autres années très fortes, comme 2011 par exemple. Bref, j’ai évidemment de l’expérience et des repères.

Vous avez gardé cela pour vous, dans un coin de votre tête en février, ou l’avez-vous exposé pour en faire un véritable objectif au sein de l’entreprise ? Challenger en quelque sorte.
J’en ai parlé. Un matin de février à l’entraînement, alors que je sortais des lots avec Clément et Théo, je leur ai dit : « Les gars, on va gagner 200 courses cette année. » Ils m’ont regardé avec des grands yeux, se demandant si j’avais perdu la tête (rires). Je sentais bien l’affaire.


Repères sur Thierry Duvaldestin
■ Né en 1971. Marié à Sandrine. 3 enfants : Clément, Théo et Angèle.
■ En apprentissage puis salarié chez Jean-Pierre Dubois (4 ans et demi). Un an et demi chez Pierre-Désiré Allaire (avec Philippe Allaire). Obtient sa licence d’entraîneur public en 1995.
■ 35 Groupes 1 en tant qu’entraîneur : Lulo Josselyn (1), Miss Castelle (1), Nuage Noir (1), Noora de l’Iton (1), Onyx du Goutier (1), Pearl Queen (6), Prince Gédé (2), Qualmio de Vandel (1), Ready Cash (6), Return Money (2), Saxo de Vandel (2), Uaukir (1), Union d’Urzy (1), Avila (2), Pascia’ Lest (1), Cristal Money (1), Falcao de Laurma (1), Flamme du Goutier (3), In The Money (1).
■ A entraîné huit mois au Canada des trotteurs et des ambleurs. A gagné en Scandinavie (Guenoso, Irina Scardrie).


Il y a quelques saisons, vous nous aviez exprimé l’envie de « remettre un coup de collier » avec l’arrivée de vos fils à vos côtés. On peut donc dire que c’est tout simplement sa concrétisation en 2021 ?
Bien sûr. C’est la jeunesse qui me pousse et nous pousse tous ensemble. Carrément. Si Clément et Théo n’étaient pas dans la cour, je n’aurais pas remis ce coup de collier. Je dirais que c’est la jeunesse qui pousse naturellement à obtenir de tels résultats. Et on est plus forts à trois.

Et le cap de 3.000 victoires ?
Maintenant que j’y suis, cela me fait très plaisir. Surtout de le faire avec les garçons mais franchement, il y a cinq ans, je n’y pensais pas.

Comment parler de l’organisation Duvaldestin ? Vous êtes toujours le seul décisionnaire ou peut-on parler d’un système collectif de prise des décisions avec vos deux fils Clément et Théo ?
Je reste pour le moment le chef d’orchestre. J’ai l’expérience et fais tout pour leur transmettre. En fait, cela s’organise naturellement. Et surtout, il faut être équitable comme dans tout à mon avis. J’essaie d’être équitable dans la répartition des montes et des chevaux. Ne pas donner des tops chevaux à l’un et pas à l’autre.

Cela vaut si chacun s’engage de la même façon ?
C’est vrai. Si un trainait la patte ou n’avait pas l’envie, cela ne pourrait pas aller. Mais ce n’est pas le cas. Ils sont tous les deux sérieux et s’impliquent autant dans le travail. D’un point de vue personnel, pour l’instant, Clément est plus ouvert et s’exprime plus que Théo qui se montre plus réservé ou timide. Mais avec les chevaux, je ne fais aucune différence entre eux. Cela passe par une polyvalence au travail. Chacun peut driver n’importe quel cheval.

Au niveau infrastructure, vous avez changé des choses ? Vous vous êtes agrandi pour accueillir plus de chevaux ?
Non. On est tous au même endroit. Je n’ai pas fait construire de nouveaux bâtiments. Cela fonctionne très bien à trois comme cela, on n’est pas à l’étroit mais on n’a pas non plus de marge dans nos infrastructures. Je ne sais comment va s’organiser l’avenir. Probablement que chacun aura ses chevaux dans quelques années mais, pour l’instant et pour quelque temps, on reste comme cela.

Est-ce que votre façon de travailler a changé ces dernières saisons ? Qu’est-ce que la méthode Duvaldestin ?
Chaque entraîneur a des points forts et des points faibles. Je dirais que notre point fort à la maison est le travail du sol, le travail des pistes. On a plusieurs sortes de pistes et, chaque matin, je veux que nos pistes soient excellentes. Je veux que nos pistes soient le meilleur terrain de sport possible. Pour que nos chevaux soient le mieux possible, travaillent dans les meilleures conditions et qu’ils se blessent le moins possible. On le fait à plusieurs, on sait le faire et on aime le faire. On a du matériel pour cela. C'est un coût car on use pas mal de matériel et de carburant. Je veux que tous les matins, quand je suis sur ma piste, elle soit parfaite. Je me mets à la place de mes chevaux et je veux qu’ils aient le meilleur sol possible pour s’exercer. Je pense qu’on a amélioré notre travail d’entretien des pistes avec le temps et l’expérience. Pour résumer, je dirais que le travail du sol, on sait faire.


En 2021 : une antenne dans le Sud-Ouest. Quel bilan ?
« Je loue des boxes sur l’hippodrome de Castéra-Verduzan. C’était pour l’été et j’arrête à la fin de ce mois de septembre. Les chevaux vont rentrer et partir au repos. Je dirais que c’était un choix d’opportunité. J’avais des bons droitiers cette année et j’en avais un peu marre de faire la route. C’était une première et un essai, d’où ce choix de la location. Le bilan est correct avec une quinzaine de courses apportées par ces chevaux du Sud-Ouest. »


TOP-5 des entraîneurs 2021 (données letrot.com)
1/ 201 victoires avec 122 chevaux pour Thierry Duvaldestin (1,7 vict./cheval)
2/ 132 victoires avec 175 chevaux pour Patrick Terry (0,75 vict./cheval)
3/ 120 victoires avec 162 chevaux pour Sébastien Guarato (0,74 vict./cheval)
4/ 112 victoires avec 111 chevaux pour Laurent Abrivard (1 vict./cheval)
5/ 107 victoires avec 142 chevaux pour Franck Leblanc (0,75 vict./cheval)

Le fait de réaliser un tel niveau de performances en 2021 a des conséquences sur la vie familiale. Comment se positionne votre femme Sandrine, par ailleurs en première ligne sur votre activité d’élevage et d’étalonnage ?
Elle fait tout. L’étalonnage évidemment jusqu’en été mais aussi tout l’administratif. Elle est totalement partie prenante dans l'organisation de l’écurie et participe aux super résultats de l'année.

Vous vous projetez comment de votre côté ?
Le jour où chacun aura ses chevaux, je ferai de mon côté autrement. Je lèverai le pied. Pour l’instant, ce qui est sûr, c’est que je prends du plaisir à regarder mes fils gagner devant Equidia.

Même si votre effectif intègre les chevaux de votre propre élevage, votre système semble basé sur les chevaux de propriétaires.
J’ai toujours les mêmes clients, on va dire ma clientèle habituelle. J’ai encore de la place pour des [nouveaux] clients. J’ai commencé avec des clients et cela m’a toujours convenu. Il ne faut pas oublier qu’un client, c’est aussi une rencontre. Un client vous ouvre sur autre chose, sur son univers professionnel. Et ça, c’est intéressant. J’ai toujours été curieux de connaître autre chose que les courses.

Les années record de Thierry Duvaldestin
2009
Nombre de chevaux présentés : 88 / Nbre de victoires : 210 / Réussite à la gagne : 25,3 %
2021
Nombre de chevaux présentés : 122 / Nbre de victoires : 201 / Réussite à la gagne : 28,3 %
Le record de Yannick-Alain Briand en 2014
Nombre de chevaux présentés : 197 / Nbre de victoires : 227 / Réussite à la gagne : 14,8%

Votre taux de réussite (48 % sur le podium) est le plus élevé sein du top-10 français des entraîneurs. Quel est votre secret ? Ou du moins votre méthode ?
Je passe tout simplement beaucoup de temps sur les engagements. J’essaie de trouver les meilleurs engagements pour chacun de mes pensionnaires en fonction des profils de pistes. Et, avec mon expérience, je connais dorénavant toutes les pistes françaises… J’aime bien aller à Paris mais j’aime bien aussi la province. C’est un travail très important, entre les engagements, l’organisation des déplacements. Cela me prend une heure et demie tous les soirs après le travail d’entraînement et les courses. Clément et Théo m’aident aussi dans ce domaine. Il faut se projeter par rapport aux aptitudes de chaque cheval. Cela demande aussi de s’adapter en permanence. Pour la grande partie de mon effectif, j’essaie d’avoir une vision sur les quinze jours à venir, de savoir où chaque cheval va courir. Pour les éléments de plus haut niveau, de type classique, c’est bien sûr différent avec un programme qui se définit sur plus longtemps, avec des échéances connues.

Vous n’avez jamais présenté autant de chevaux que cette année. Est-ce une volonté de développer encore votre effectif ?
Non. De manière générale, il faut faire attention à ne pas faire trop de nombre et à rester dans la qualité. On a gagné trois Groupes 1 cette année, c’est très bien. Cette saison, c’est vrai que je fais plus dans la quantité mais je fais très attention à rester dans la qualité.

Les records de Thierry Duvaldestin
« Quand on regarde dans le rétro, mon score de 2009 avec 88 chevaux était incroyable. C’était très peu de partants. Deux victoires et demie par cheval dans l’année, c’est énorme. Si on compare avec les autres têtes de liste, personne n’a jamais fait cela. Mais c’est du passé. Il faut désormais regarder devant soi. Et avec les gars, c’est encore mieux, plus fort. On vit une très belle année avec des chevaux d’élevage qui gagnent. C’est magnifique. »

LES ENTRAÎNEURS EN ACTIVITÉ
Plus de 3.000 victoires :
Jean-Michel Bazire : 3.568 / Yannick-Alain Briand : 3.434 / Thierry Duvaldestin : 3.001
Plus de 2.000 victoires :
Joël Hallais : 2.851 / Jean-Paul Marmion : 2.779 / Richard Denechère : 2.400 / Christian Bigeon : 2.283 / Franck Leblanc : 2.181 / Laurent Abrivard : 2.107 / Sébastien Guarato : 2.030
Données en France (source letrot.com)

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