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Actualité - 01.10.2021

La Loterie sous toutes les coutures

Avec Drôle de Jet, j'aurai forcément une pensée pour mon père.
Pierre Vercruysse

Comme l’année dernière, ils seront trois concurrents français, emmenés par le crack Face Time Bourbon, à prétendre au Grand Prix de la Loterie (Groupe I), dimanche, à Naples, sur l’hippodrome d’Agnano. Une course de grand prestige, qui a souvent souri à la France, dans un premier temps, avant une longue et assez inexplicable traversée du désert. Retour sur l’histoire de la « Lotteria » et sur ses plus hauts faits, en particulier côté français.

Une série de juments d’exception ont commencé par faire régulièrement retentir la Marseillaise à Naples dans les années 1950 et 1960. Elles s’appelaient Gélinotte, la première d’entre toutes, Kracovie, Roquépine ou encore Une de Mai. À elles quatre, elles représentent six victoires françaises dans le Grand Prix de la Loterie, avec pour reine Une de Mai, trois fois lauréate de la compétition, en 1969, 1970 et 1971, sachant que trois sujets italiens ont réussi le même exploit, à savoir Tornese (1957, 1958, 1962), Varenne (2000, 2001, 2002) et Mack Grace SM (2012, 2013, 2014).

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Equidia proposera dimanche, jour de Qatar Prix de l'Arc de Triomphe, l'intégralité du Grand Prix de la Loterie (les trois batteries et la Finale) via EquidiaRacing accessible sur son site et via son appli. La Finale tentera de trouver sa place dans le programme de la journée de l'Arc pour une diffusion sur la chaîne Premium.

Les Vercruysse, de Kracovie à Drôle de Jet

Notre quatuor de championnes avait son rival attitré. Pour Gélinotte et Kracovie, ce fut Tornese, peut-être le trotteur transalpin le plus fameux de l’histoire des courses – avec Varenne –, surnommé l’« alezan volant » – comme notre Uranie fut surnommé l’ « alezane volante » – et qui fut d’ailleurs élu trotteur italien du siècle, en 2000, voyant même, peu après, un timbre sortir à son effigie, un privilège partagé par Varenne et par les pur-sang Ribot et Molvedo, tous deux vainqueurs, notamment, du Prix de l’Arc de Triomphe.
Gélinotte avait gagné la « Lotteria » en 1956, mais, l’année suivante, elle buta, précisément, contre Tornese. Quatre ans plus tard, c’est au tour du crack italien de s’incliner contre une concurrente française, en l’occurrence Kracovie, qu’entraîne et drive Roger Vercruysse, le père de Pierre, lequel ne prendra pas part à la « Loterie », ce week-end, avec Drôle de Jet, sans une certaine émotion : « J’aurai une pensée pour mon père, forcément, qui fit accomplir une grande carrière internationale à cette jument de piste plate, gagnante également, entre autres, de l’Elitloppet. Drôle de Jet est un peu comme elle : il adore la vitesse et j’aimerais bien aussi pouvoir aller courir à Solvalla, l’année prochaine, avec lui. »

Une de Mai fait taire le chauvinisme des tifosi

Quant à Roquépine et Une de Mai, elles livrèrent bataille avec la même championne américaine, importée en Europe, Eileen Eden. Gagnante de la course en 1967, Roquépine échoue face à Eileen Eden en 1968. Cette année-là, la rivalité des deux juments est à son comble et, si leur duel tourne à l’avantage de Roquépine dans le Grand Prix de la Foire et le Grand Prix des Nations, à Milan, ainsi que dans le Prix du Lido et le Prix Roma, à Rome, Eileen Eden a le dessus dans la « Lotteria » et le Grand Prix de Bavière. Leur dead-heat, affiché en début de saison, dans le Grand Prix de la Côte d’Azur, à Turin, est comme le symbole de cette lutte acharnée et toujours indécise, qui enthousiasma le public italien de l’époque.

A peine Roquépine retirée de la scène, le relais est pris par Une de Mai et la compétition est tout sauf un long fleuve tranquille pour Eileen Eden, à laquelle le Grand Prix de la Loterie échappe tant en 1969 qu’en 1970, au profit de la fille de Kerjacques, qui « enfoncera le clou » en 1971, parachevant un coup de trois. Une de Mai était une idole en Italie, où elle s’est imposée, au total, dans douze Groupes I. Avec elle, les tifosi mettaient leur chauvinisme de côté et l’adulaient sans réserve.

Dimitria, pour nous emmener jusqu’à Face Time Bourbon

Le succès demeure dans le camp français en 1972, grâce au champion d’André Poupard Amyot, avant qu’une nouvelle jument tricolore ne vienne défrayer la chronique.
En 1975, en effet, Dimitria remporte la « Lotteria », en un temps alors record –1’16’’1–, aux dépens d’un autre concurrent français, Axius ; un jumelé hexagonal qui fait écho à celui affiché, six ans plus tôt, aux dépens d’Eileen Eden, par Une de Mai et Tidalium Pélo. La victoire de Dimitria nous intéresse spécialement ici, dans la mesure où l’on sait que celle-ci est l’ancêtre maternelle –la grand-mère d'Etta Extra pour être précis– de Face Time Bourbon (pedigree ci-dessous), tant et si bien que l’on aimerait voir ce dernier, en une sorte de logique génétique, succéder à sa parentèle au palmarès de la course.

Le record de Dimitria ne tiendra pas longtemps, étant battu dès la saison suivante par le phénomène de Maurice Macheret Bellino II, alors au faîte de son art, qui survole sa batterie comme la finale.
Quatre ans plus tard, en 1980, c’est, tout bonnement, le record d’Italie qui tombe, dans la « Loterie », à la faveur d’un exploit à nouveau français, dont l’auteur est Hillion Brillouard, mené, sans complexe, par le tout jeune Philippe Allaire, lequel ne s’embarrasse pas de tactique et assure un train d’enfer, qui écoeure Idéal du Gazeau et les autres, propulsant son partenaire au poteau sur le pied de 1’13’’8.

Après quatre décennies de privations, Bel Avis redonne de l’appétit à la France

Ce fut une manière de chant du cygne pour l’élevage français, privé, dès lors, de succès dans le Grand Prix de la Loterie pendant trente-neuf longues années, alors même qu’en vingt-cinq ans, il en avait connu dix… C’est ainsi que les accessits se substituèrent aux victoires, avec les places de deuxième d’Hêtre Vert, sous bannière italienne, en 1982, de Potin d’Amour, en 1988, de Voltigeur de Myrt, en 2016, d’Un Mec d’Héripré, en 2017, et de Dreammoko, en 2018, sans oublier celles de troisième d’Ultra Ducal, en 1991, de Fan Idole, en 2001, de Ludo de Castelle, en 2006, et d’Oiseau de Feux, en 2009. Jusqu’au sacre du hongre de « JMB », Bel Avis, qui brisa l’écart, en 2019, et relança le mouvement. Tout un chacun pensait que Face Time Bourbon allait enchaîner, en 2020, mais il n’en fut rien, l’italien Zacon Gio l’en privant, in extremis. Il le retrouvera cet automne, au même titre que Vivid Wise As, sachant qu’il s’était alors inséré entre eux.
Gageons que l’heure de la revanche est susceptible de sonner et qu’épaulé par Fric du Chêne et Drôle de Jet, le fils de Ready Cash a toutes les chances, justement, de remettre les pendules à la sienne.

Bon à savoir

Créé peu après la guerre, le Grand Prix de la Loterie (Gran Premio Lotteria) a, à peu de choses près, soixante-quinze ans d’existence. Il s’agit d’un véritable championnat sur le mile, assorti, bien sûr, d’un départ à l’autostart, qui s’opère en deux étapes – trois batteries qualificatives et une finale, voire une consolante –, les trois premiers de chaque batterie étant qualifiés pour la finale. Dans la présente édition, Face Time Bourbon est inscrit dans la batterie A et a tiré le numéro 5 derrière l’autostart, les deux autres candidats français, Fric du Chêne et Drôle de Jet, figurant, respectivement, dans les batteries B et C, l’un avec le numéro 6, l’autre avec le numéro 8, soit des tirages qui ne sont pas spécialement favorables.

Quant au record de la course, il est co-détenu, en 1’10’’5, par Zacon Gio, le gagnant de l’an dernier, et Timone Ek, celui de 2017.


Quand l’entraînement supplée l’élevage…

Pendant notre période de disette dans la « Loterie », notre entraînement a cependant sensiblement compensé, signant cinq victoires de 1999 à 2017, que ce soit, en termes d’élevage, en faveur de l’Italie ou de la Suède. Ainsi Jan Kruithof, en 1999, avec Remington Crown, confié à Jos Verbeeck, pour la Suède ; ainsi, aussi, Fabrice Souloy, en 2007 et en 2008, avec Exploit Caf et Gambling Bi, drivés par Jean-Michel Bazire, pour l’Italie ; ainsi, encore, Fabrice Souloy, mais pour la Suède, cette fois, en 2015, avec Vincennes, menée par Roberto Andreghetti ; ainsi, enfin, Philippe Billard, de nouveau pour l’Italie, avec Timone Ek, en 2017, aux soins d’Enrico Bellei. A l’inverse, soit dit au passage, si le champion français Icare IV, grand adversaire de Jamin, compte parmi les vainqueurs du Grand Prix la Loterie, en 1959, c’est sous pavillon italien, car il avait été vendu là-bas, à l’instar de son dauphin, Jariolain.




LE PALMARÈS DEPUIS 2010
2020 : Zacon Gio (M5) 1’10’’5 / 2e Face Time Bourbon / 3e Vivid Wise As
Driver : Rob. Vecchione / entr. : Holger Ehlert
2019 : Bel Avis (H8) 1’11’’3 / 2e Disco Volante / 3e Ursa Caf
Driver : Jean-Michel Bazire / entr. : Jean-Michel Bazire 1'11"3
2018 : Urlo dei Venti (M5) 1’10’’8 / 2e Dreammoko / 3e Arazi Boko
Driver : Enrico Bellei / entr. : Gennaro Casillo 1'11"3
2017 : Timone Ek (M5) 1’10’’5 / 2e Un Mec d'Héripré / 3e Tesoro Degli Dei
Driver : Enrico Bellei / entr. : Philippe Billard
2016 : Oasis Bi (M8) 1’10’’7 / 2e Voltigeur de Myrt / 3e Princess Grif
Driver : Johnny Takter / entr. : Stefan Pettersson
2015 : Vincennes (F7) 1’11’’8 / 2e Mack Grace SM / 3e Radiofreccia Fi
Driver : Roberto Andreghetti / entr. : Fabrice Souloy
2014 : Mack Grace SM (M8) 1’11’’’1 / 2e Napoleon Bar : 3e No Man's Land
Driver : Roberto Andreghetti / entr. : Antonio Porzio
2013 : Mack Grace SM (M7) 1’11’’3 / 2e Commander Crowe / 3e Oibambam Effe
Driver : Roberto Andreghetti / entr. : Lucio Colletti
2012 : Mack Grace SM (M6) 1’11’’8 / 2e Nesta Effe / 3e Lover Power
Driver : Roberto Andreghetti / entr. : Lucio Colletti
2011 : Libeccio Grif (M6) 1’12’’8 / 2e Italiano / Mack Grace SM
Driver : Marco Smorgon / entr. : Marco Smorgon
2010 : Italiano (M6) 1’11’’3 / 2e Irving Rivarco : 3e Irambo Jet
Driver : Gaetano Di Nardo / entr. : Enrico Bellei

Indy de Vive 1'11''9 Viking's Way 1'15''6
Ready Cash 1'10''3 Tekiflore 1'19''8
Kidea 1'18''2 Extreme Dream 1'14''7
FACE TIME BOURBON Doceanide du Lilas 1'16''8
Love You 1'10''2 Coktail Jet 1'11''2
Vita Bourbon 1'12''7 Guilty Of Love 1'17''1
Kamera Bourbon 1'13''7 Cezio Josselyn (US) 1'12''2
Etta Extra 1'18''0
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