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Actualité - 07.10.2021

Ils sont privilégiés et ils le savent

En l'espace de trois jours, j'ai drivé les deux meilleurs chevaux français. Je suis un privilégié !
Éric Raffin

Dans sa conquête automnale des quatre Grands Prix des fédérations régionales, Cleangame n'a eu aucune difficulté pour arriver à mi-chemin en remportant le Grand Prix Anjou-Maine (Groupe 3), mercredi à Angers, dans la réduction kilométrique de 1'14''9 (3150 mètres). Une formalité que son propriétaire comme son driver du jour vivent en ayant pleinement conscience d'être des privilégiés.

L'appréciation est signée Jean-Paul Marmion sitôt le poteau passé par Cleangame (Ouragan de Celland) dans la 31ème édition du Grand Prix de la Fédération Anjou-Maine, mercredi, sur la piste de l'hippodrome d'Angers : « Il serait entier, il gagnerait le Prix d'Amérique ! ». Le professionnel angevin sait de quoi il parle, lui l'homme de Général du Lupin (Lutin d'Isigny) qui se retrouva aussi dans cette situation. Général du Lupin remporta d'ailleurs aussi cette épreuve à deux reprises en 2003 à Laval et en 2004 à Meslay-du-Maine, comme donc Cleangame, déjà lauréat voici deux ans sur l'hippodrome de La Bretonnière. Général du Lupin est même un exemple à suivre pour le champion actuel en ce sens qu'il a gagné en 2004 tous les grands prix de fédérations régionales, dans un ordre différent d'aujourd'hui, avec la séquence Grand Prix du Sud-Ouest, Grand Prix du Centre-Est, Grand Prix de la Fédération du Nord et enfin Grand Prix Anjou-Maine, à une époque où ces épreuves étaient réparties entre le printemps et l'automne. C'est pourquoi le pilote du jour, Éric Raffin, en remplacement de Jean-Michel Bazire, parti quelques jours en vacances, comme Jean-Pascal Bragato, son propriétaire, savent la chance qui est la leur de vivre ces instants.
« En l'espace de trois jours, j'ai drivé les deux meilleurs chevaux français. Je suis un privilégié ! » Le numéro un des drivers français vit assurément les plus belles années de sa carrière mais, à 40 ans (dans quelques semaines), il sait aussi pertinemment qu'il faut plus que jamais peut-être profiter de ces moments. À l'inverse de dimanche où il a fallu aller chercher la gagne dans la finale du Grand Prix de la Loterie (Groupe 1) au sulky de Face Time Bourbon (Ready Cash) en se montrant le meilleur tacticien, ce Grand Prix Anjou-Maine (Groupe 3), où il se retrouvait au sulky de Cleangame pour la première fois depuis leur succès commun dans la Finale du Grand National du Trot 2019, lui a été servi quasiment sur un plateau. Ce qui ne doit nullement dénigrer pour autant la performance du champion. Éric Raffin convenait le premier qu'il a été quelque peu surpris du déroulement de la course : « Je me doutais un peu du scénario, que mes adversaires allaient me laisser faire, mais pas à ce point-là quand même. Mon partenaire est bien parti et, dès le premier passage en face, ils étaient à la queue leu leu à m'attendre, ce qui m'a permis de venir en tête sans avoir fait d'efforts. »

Le 500ème gagnant d'Ouragan de Celland
La victoire de Cleangame dans le Grand Prix Anjou-Maine coïncide avec le 500ème gagnant de l'étalon Ouragan de Celland en France. Père des gagnants de Groupe 1 que sont Cyprien des Bordes (Prix des Élites) et Vabellino (Critérium des 5 Ans), le semi-classique Ouragan de Celland a toujours eu la cote auprès des éleveurs depuis son entrée au haras en 2008, stationnant une année sur deux au Haras de Vire et au Haras de la Sauvagère, à un tarif de saillie qui n'a pas subi d'envolée. Lors des toutes récentes ventes de Caen, là où Cleangame a été acheté, faut-il le rappeler, la production d'Ouragan de Celland s'est encore bien vendue puisqu'il termine deuxième au classement des étalons derrière Cristal Money avec un chiffre d'affaires de près de 138 000 € et une moyenne à plus de 10 500 €.

Depuis le bord de la piste, Jean-Pascal Bragato a évidemment apprécié la démonstration. Et même si de suspense il n'y a pas eu, l'émotion d'une nouvelle victoire - la 39ème ! - était bien réelle pour lui. « Après la course, on dit que c'est une formalité mais ça reste des moments exceptionnels, avance-t-il. Le cheval était parfait d'allures, bien souple. Comme il court plus souvent, il travaille moins qu'avant le Prix d'Été par exemple. Toute l'équipe de Jean-Michel (Bazire) gère du mieux possible la situation. Mais il ne faut pas croire, il doit sûrement serrer les dents. Il a vraiment un mental exceptionnel, ce qui fait aussi sa force. » Et de souligner à son tour le fait de vivre des moments privilégiés : « Bien sûr qu'il faut profiter ! Derrière, on n'a pas de chevaux pour courir tous ces Grands Prix tous les ans. C'est très difficile d'en avoir. On s'en rend compte même si on a eu la chance d'en avoir deux à la suite (N.D.L.R. : référence à Aubrion du Gers). »
Dans ce contexte où l'on connaît la fragilité qui est celle de Cleangame par rapport à sa jambe, Ludovic Mollard, le responsable de l'écurie sarthoise de Jean-Michel Bazire, insistait aussi sur le fait qu'il soit bien souple : « Il était aujourd'hui [lire mercredi] plus souple que lors du Prix d'Été. Maintenant, il faut qu'il reste comme cela, il n'a pas besoin d'être forcément mieux ». Ce ne sont pas ses adversaires qui diront le contraire. « On est battus par un cheval hors normes, juge ainsi Clément Duvaldestin à son retour aux balances après la deuxième place de Carnaval du Vivier (Ni Ho Ped d'Ombrée). Le résultat de mon cheval est même meilleur qu'espéré car il y avait au moins trois chevaux supérieurs à lui. C'est pourquoi cette deuxième place équivaut à une victoire, surtout qu'il tire trop sur cette distance aussi longue. »


Au sulky de Fairplay d'Urzy (Ready Cash), l'un des compagnons du vainqueur de la team Bazire parmi laquelle il faut noter la défaillance de Dorgos de Guez (Romcok de Guez) fautif dans les premiers mètres sans raison selon Nicolas Bazire, Romain Congard se montre satisfait par cette troisième place : « Il était mieux équilibré avec ses fers. Sa performance est bonne même s'il doit concéder la deuxième place car j'ai suivi Éric (Raffin) qui était un peu décalé pour chercher le bon terrain, ce dont a profité notre adversaire (Carnaval du Vivier) pour s'infiltrer à notre intérieur ». Une position qui empêchait aussi le représentant de Thierry Duvaldestin de pouvoir se dégager dans la phase finale.


Un Grand Prix à la mode « Bazire »
C'est la quatrième année consécutive que le Grand Prix de la Fédération Anjou-Maine est remporté par un pensionnaire de Jean-Michel Bazire. Aubrion du Gers (Memphis du Rib) en 2018 a ouvert la voie à Laval, suivi par Cleangame déjà à Meslay-du-Maine et Dreambreaker (Offshore Dream) l'an dernier au Mans. Depuis le début de la création de cette épreuve, le nom de l'entraîneur sarthois figure à huit reprises au palmarès.


Le grand chelem des régions plus que jamais en point de mire
« C'est le cheval pour le faire ! » Jean-Pascal Bragato reste comme toujours prudent mais reconnaît que le défi de remporter les quatre grands prix des fédérations régionales à la suite comme le permet désormais le calendrier ne le laisse pas insensible. « Relever des challenges est toujours une motivation supplémentaire. » Cleangame devrait donc maintenant courir le Grand Prix du Sud-Ouest à Beaumont-de-Lomagne le 17 octobre et le Grand Prix du Centre-Est à Lyon-Parilly le 31 octobre.

D'où vient-il ?

Cleangame est issu de l'élevage d'Alain Beaumont disparu en août 2020, quelques semaines avant la première victoire de son élève dans le Prix d'Eté. La mère de Cleangame, Red Bell (Jag de Bellouet), eut une carrière courte et sans victoire, mais est une sœur de la toute bonne Nippy Girl (1'11''6 et 430 000€ de gains). Après Cleangame (son 1er produit), elle a donné deux vainqueurs en Dasage 1'16 (Satchmo Wood) et Harkonnen 1'15 (Ouragan de Celland).

4e | GRAND PRIX ANJOU-MAINE
Att - 3125 m - Groupe 3 - 100 000 €
CLEANGAME 1'14"9
Ouragan de Celland x Red Bell (Jag de Bellouet)
Driver : E. Raffin - Entraîneur : J. Bazire
Propriétaire : E. J. Bragato - Eleveur : C. Beaumont
2e Carnaval du Vivier 1'15"8
3e Fairplay d'Urzy 1'15"9
4e : Dreamer Boy - 5e : Golden Bridge - 6e : Clarck Sotho - 7e : Whole Lotta Love
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