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Actualité - 08.10.2021

En quête d’un château en Suède : la France ambitieuse samedi à Aby

J’ai regardé les deux courses disputées en Suède et les deux gagnants m’ont fait très bonne impression
Éric Raffin

Samedi, ce sera la grande journée de l’Europe du Trot, avec, en point d’orgue, le Grand Prix de l’UET, pour les 4 ans, se complétant, pour les cadets, du Championnat Européen des 3 Ans et, pour les aînés, du Championnat Européen des 5 Ans, soit autant de Groupes I. La tradition veut que la localisation de ces différentes épreuves change chaque année, se répartissant entre les pays de l’Union Européenne du Trot (UET). Cette saison, c’est la Suède qui accueille le triptyque, sur son hippodrome d’Aby, où la distance imposée, pour les trois courses, sera de 2.140 mètres, préludée par un départ à l’autostart.


L

e Grand Prix de l’UET : une affaire franco-suédoise

La première édition du Grand Prix de l’UET s’est tenue à Vincennes en 1985, voyant la victoire du suédois Mack The Knife. L’année suivante, à Solvalla, Clash Hammering, un autre suédois, enfonçait le clou. Mais, dès 1987, à Milan, Rangone et Jean-Pierre Dubois hissaient le drapeau français en haut de l’UET. Depuis lors, c’est une lutte sans relâche, entre les deux pays, pour l’obtention du titre, et, dans l’état actuel des choses, la Suède mène quinze victoires à treize face à la France, les deux nations dominant largement, à ce jeu, leurs homologues européennes, l’Italie suivant avec trois titres, devant l’Allemagne (deux succès), la Finlande (deux succès) et les Pays-Bas (un succès).
Dans les pas de Rangone à Milan, les distinctions françaises ont été l’apanage de Tipouf, en 1989, à Vincennes, d’Ultra Ducal, en 1990, à Solvalla, de Derby du Gîte, en 1995, à Munich, d’Elision, en 1996, à Solvalla, de Giant Cat, en 1998, à Bjerke, d’Himo Josselyn, en 1999, à Vincennes, de Kiss Melody, en 2002, à Caen, d’Oiseau de Feux, en 2006, à Laval, de Qualita Bourbon, en 2008, à Milan, de Bold Eagle, en 2016, à Wolvega, de Drôle de Jet, en 2017, à Solvalla, et de Face Time Bourbon, en 2019, à Vermo. Quant au tenant titre, c’est un suédois, en l’espèce Power, vainqueur, l’an dernier, à Vincennes.

« Quid » de nos chances cette année ?
Qu’en sera-t-il, cette année, à Aby ? Nos chances y sont défendues par quatre représentants, deux mâles et deux femelles. Si la tâche d’Hakim Griff (Brillantissime), qui a obtenu son billet in extremis, apparaît difficile, la chance des trois autres qualifiés est réelle, à commencer par celle d’Hirondelle Sibey (Gazouillis), probante lauréate de la batterie qualificative et particulièrement à l’aise dans l’exercice de la vitesse. Eric Raffin est ainsi en droit d’être légitimement confiant avec la pensionnaire de Jean-Michel Baudouin, dont on rappellera qu’elle collectionne les victoires de Groupe II depuis l’âge de 3 ans, puisqu’elle en compte sept à son actif ; or, elle vaut un Groupe I, assurément, niveau auquel elle n’a pu, jusqu’alors, que se placer. Jugé sur ce qu’il a fait de mieux, Helgafell (Charly du Noyer), que présente Philippe Allaire et que va driver David Thomain, a, évidemment, son mot à dire, lui aussi. Double lauréat de Groupe I, à 3 ans, à la faveur du Prix Albert Viel (2.700 mètres) et du Championnat Européen (2.100 mètres, autostart), il a ensuite eu quelque souci, devant renoncer au Critérium des 3 Ans, et tardant un peu à retrouver le bon rythme cette année. Mais sa dernière course, dans l’éliminatoire de Vincennes, l’a montré en regain de forme, à la troisième place, tout près ; dès lors, le meilleur demeure possible… Héliade du Goutier (Prodigious), enfin, déléguée par Sébastien Guarato, comme Hakim Griff, et confiée à Gabriele Gelormini, a sa carte à jouer, venant de très bien se comporter dans l’éliminatoire, en s’insérant entre Hirondelle Sibey et Helgafell. Après un passage à vide, cette gagnante de sept courses, double placée semi-classique, semble en mesure de hausser le ton au moment opportun. Les numéros tirés par les candidats français sont les suivants : le 3 pour Hirondelle Sibey, le 6 pour Héliade du Goutier, le 7 pour Helgafell et le 11 pour Hakim Griff. A eux de jouer, maintenant.

Eric Raffin à propos d'Hirondelle Sibey : "La jument a gagné brillamment son épreuve qualificative à Vincennes. J’ai regardé les deux courses disputées en Suède et les deux gagnants m’ont fait très bonne impression. Calgary Games que mène Jorma Kontio et qui a reçu le 4 samedi aura ma préférence. Je pense que c’est le cheval de la course. Je vais courir pour les belles places avec Hirondelle. Je pense que je vais être obligé de la driver à deux (N.D.L.R. : en deuxième épaisseur). Là-bas, cela devrait démarrer fort et je ne la lance vraiment trop vite. Avec son 3 derrière l’autostart, on risque donc de voyager à deux mais, si on a la bonne course et qu’on se fait bien ramener, elle peut jouer un très bon rôle. "

Gabriele Gelormini à propos d'Héliade du Goutier : « Je me présente avec sérénité dans le Grand Prix de l’UET. Héliade du Goutier vient de réaliser une très belle performance à Vincennes en marchant 1’11’’ pile sur 2.100 mètres. Par contre son numéro 6 derrière l’autostart n’est pas évident. J’aurais préféré un numéro plus bas ou même en deuxième ligne. Si on arrive à trouver un trou et à prendre une bonne position après 300 mètres de course, elle aura son mot à dire pour les places. Il y a Calgary Games à Timo Nurmos qui a l’air vraiment très bon. Il faut citer les autres français Hirondelle Sibey et Helgafell. Le tracé, sur piste plate et à gauche, va l’avantager. On va changer deux choses cette fois : son mors d’abord et on lui ajoutera des peaux de mouton pour la « mettre plus de l’avant ».


Au quatuor français : « Votre mission, à supposer que vous l’acceptiez : secouer l’épouvantail suédois, Calgary Games ! »

Il reste qu’il va leur falloir jouer serré, une nouvelle fois face à la concurrence suédoise –la seule représentée parmi les huit autres prétendants au titre–, emmenée, au couloir 4, par un Calgary Games (Readly Express) qui fait un peu figure d’épouvantail, car il n’a encore jamais connu la défaite, en huit sorties, et il a causé une énorme impression en remportant le Svenskt Trav-Derby, au début du mois de septembre, avant de se qualifier brillamment pour ce Grand Prix, trois semaines plus tard. Mené par Jorma Kontio, pour l’entraînement de Timo Nurmos, voilà, assurément, l’adversaire à battre pour le quatuor tricolore. Les meilleures chances scandinaves sont, par ailleurs, celles, au couloir 2 –Hirondelle Sibey est, ainsi, bien encadrée–, de San Moteur (Panne de Moteur) –petit-fils et arrière-petit-fils, par sa mère, de Ready Cash et Ténor de Baune–, présenté par Björn Goop, troisième de Calgary Games dans le Derby et séduisant gagnant de son éliminatoire, de Mister Hercules (Trixton), de souche maternelle française, au couloir 5, même si celui-ci ne paraît plus dans l’état de forme qui lui avait permis de s’octroyer la Breeders’ Crown des 3 ans, en 2020, de Global Badman (Yield Boko), qui part en deuxième ligne, toutefois, au couloir 10, et, à l’inverse, bien loti, avec le numéro 1, de Marre’s Dreamboy (Maharajah), capable de « faire un truc » avec Erik Adielsson à son sulky. Bref, il va y avoir du spectacle, c’est sûr, dans cette édition du Grand Prix de l’UET entièrement franco-suédoise ; certes, on ne va pas y vider une querelle –sportive, s’entend, pour la « gagne »–, car il y en aura d’autres, l’année prochaine et les suivantes, mais on va en écrire une nouvelle page et faire évoluer le score, si serré, entre les deux pays.

Le challenge d’Ivensong et d’Invictus Madiba dans le Championnat Européen des 3 Ans

La création du Championnat Européen des 3 Ans remonte à 1984. De Pontcaral, cette année-là, à Vincennes, à Helgafell, l’an dernier, toujours sur l’hippodrome du Plateau de Gravelle, les trotteurs français l’ont emporté à neuf reprises. Les sept autres vainqueurs tricolores sont, dans l’ordre chronologique, Autour d’Aunou, en 1991, à Enghien, Mahana, en 2003, à Vincennes, Olimède, en 2005, à Jägersro, Pearl Queen, en 2006, à Laval, Coquin Bébé, en 2015, de nouveau à Laval, Django Riff, en 2016, à Vincennes, et Face Time Bourbon, en 2018, également à Vincennes. On observe, à l’énumération de ces succès, que nous ne comptons qu’une victoire à l’extérieur, celle d’Olimède, en Suède ; encore faut-il ajouter que celui-ci, s’il était né et élevé sur notre sol, ne courait pas sous bannière française. Samedi, à Aby, nos deux représentants, Ivensong (Ready Cash), que délègue l’entraînement Allaire, tenant du titre, et qui vient de s’imposer dans le semi-classique Prix Uranie (Groupe II, 2.175 mètres), et Invictus Madiba (Booster Winner), dont la forme est moins sûre, mais qui avait fait sien le Groupe III Prix de Saintes (2.100 mètres, autostart), au printemps, n’auront donc pas forcément la partie facile. Confiés, respectivement, à David Thomain et Eric Raffin, ils ont hérité des numéros 4 et 8 derrière l’autostart. Ils auront dix opposants, en provenance de Suède, de Norvège et d’Italie. Au couloir 6, la suédoise Red Lady Express (Readly Express), gagnante de Breeders’ Crown, s’annonce comme leur plus sérieux adversaire ; elle vient, certes, de se montrer fautive dans les Oaks de Solvalla, mais avait aligné, préalablement, quatre significatifs succès.

Eric Raffin à propos d'Invictus Madiba : "Avec le numéro 8 derrière l'autostart, cela ne semble pas des plus évidents même si je ne connais pas précisément l'opposition. En revanche, il va se plaire sur ce type de parcours."


Aetos Kronos et Don Fanucci Zet dans le Championnat Européen des 5 Ans : chronique d’un duel annoncé

Il n’y aura pas de concurrent français au départ du Championnat Européen des 5 Ans, une compétition que nous avons, pourtant, souvent gagnée, ne serait-ce qu’au cours de ces cinq dernières années avec Féerie Wood, en 2020, Dijon, en 2018, et Bold Eagle, en 2016, tous trois vainqueurs d’éditions s’étant disputées sur l’hippodrome de Vincennes. Samedi, à Aby, Bold Eagle pourra, en quelque sorte, perpétuer sa réussite dans la course si son fils, Aetos Kronos, vient à s’imposer. Avant le coup, ce championnat des 5 ans se présente comme un grand duel entre celui-ci et Don Fanucci Zet (Hard Livin), le vainqueur de l’Elitloppet, sachant qu’Aetos Kronos a devancé ce dernier, il y a peu, à Solvalla, sur les 2.140 mètres du Groupe I Jubileumspokalen. Une épreuve dans laquelle Alrajah One, le futur coriace rival de Face Time Bourbon, à Naples, se classait quatrième et, où, de surcroît, le record de Readly Express, vainqueur en 2017, en 1’09’’9, était égalé. Autant dire que c’est là la course de référence, avant l’heure, « au papier ». Aetos Kronos et Don Fanucci Zet s’élanceront côte à côte derrière la voiture, le premier ayant tiré le numéro 6 et le second le numéro 7. A priori, les neuf autres, se partageant entre les nationalités belge, danoise, italienne, norvégienne et suédoise –celle des deux favoris–, courent pour les places.

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