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Actualité - 17.11.2021

Mathieu Mottier, le successeur

Le sacre de Gladys des Plaines dans le Prix de Normandie le 19 septembre dernier et la joie de Mathieu Mottier

Comme Éric Raffin est assuré de décrocher son troisième Sulky d’Or, Mathieu Mottier va garder son Étrier d’Or à l’issue d’une année où il a relégué loin l’opposition. Défi supplémentaire, le jockey mayennais a le score de 100 gagnants dans l’année en point d’horizon, un score qui n’a plus été ateint depuis le début des années 2000 avec Philippe Masschaele.

Quand on parle d’Étrier d’Or au XXIème siècle, la référence au jockey belge coule de source. Non pas parce qu’il est celui qui a remporté le plus de fois cette distinction - une performance qui revient à Éric Raffin, avec cinq mentions dont une partagée avec Franck Nivard - mais parce que Philippe Masschaele détient le record du nombre de victoires en une saison dans l’Hexagone. Nous sommes alors en 2004. Cette année-là, il passe le poteau en tête à 119 reprises, une de mieux que l’année suivante ! Une performance rehaussée encore par l’obtention de trois Groupes 1, avec Lazio du Bourg (Prix de Normandie), Miss Castelle (Prix des Élites) et Nobilis Jiel (Prix d’Essai).

Plus de 45 % de réussite sur le podium
Si l’on prend les chiffres de Mathieu Mottier sur les exercices 2020 (amputé de deux mois de compétition en raison de la crise sanitaire) et 2021, il est le jockey qui a le plus monté (688 contre 617 à Éric Raffin, son poursuivant immédiat) et qui a le plus gagné (159 contre 112 à Alexandre Abrivard). Mais il n’est pas celui qui a pris le plus de deuxième et troisième places (avec 155, il est devancé par son confrère vendéen qui en totalise 165). Enfin, le Mayennais présente le meilleur taux de réussite sur le podium, avec 45,6 %, devant Alexandre Abrivard (44,7 %) et Éric Raffin (43,8 %).

À l’époque chez les jockeys, il y a Philippe Masschaele et les autres. « J’ai eu quelques quatre ou cinq très bonnes années pendant lesquelles j’ai bien gagné ma vie avant que tout le monde n’adopte cette position. J’ai eu la bonne idée au bon moment et un peu de chance », nous disait-il voilà quelques saisons avant un Prix de Cornulier. Il évoque évidemment la monte en avant qu’il a largement contribué à imposer et à en faire la référence pour tous les jockeys français. « J’aurai apporté ma petite pierre à l’édifice. Avec le recul, c’est comme ça que je le vois », disait-il encore tout en rappelant que l’acceptation de cette nouvelle monte qui va contribuer à révolutionner la spécialité ne s’est pas faite en un jour : « Je n’osais pas trop monter ainsi à vrai dire quand je venais courir en France au début car c’était aller un peu contre la tradition. Il y avait des détracteurs. Mais certains avaient déjà commencé à monter comme ça ; c’était le cas de Nathalie Henry et d’Éric Raffin par exemple. Je me souviens que Joël Hallais avait dit à ses jockeys l’hiver suivant où, avec Émile Fournigault, alors apprenti à la maison, on avait écrasé le meeting qu’il fallait monter de cette façon. Entendre dire ça par Joël Hallais est une fierté. »

« Je sais que mon record sera battu mais, avec le recul, c’est une fierté. », Philippe Masschaele

Plus de quinze ans après, Philippe Masschaele éprouve toujours de la fierté aussi quand on lui parle de ce record. « Je sais que ça viendra un jour, que mon record sera battu, mais avec le recul c’est une fierté, confie-t-il. À l’époque, j’étais concentré sur les courses au monté, il n’y avait que moi qui montais de cette façon et il y avait donc moins de concurrence. J’étais bien armé dans toutes les catégories, ce qui est aussi important quand vous voulez gagner beaucoup de courses. »


L’ancien jockey qui a dû arrêter de monter en raison d’opérations aux genoux n’en est pas moins admiratif des performances de Mathieu Mottier : « Il domine vraiment. Je trouve que sa position à cheval a évolué, il est magnifique à voir notamment quand il est en selle sur Gladys des Plaines. C’est le véritable passager clandestin. Je pensais et je pense toujours qu’un garçon comme Yoann Lebourgeois serait capable de battre mon record, car il peut se concentrer sur les courses. Les autres, comme Mathieu, doivent aussi gérer leur écurie. C’est pourquoi c’est vraiment un exploit qu’il réalise cette année. Aujourd’hui, tous montent en avant et la densité de bons jockeys est plus importante. Ils sont donc plus nombreux à se partager le gâteau. »

2021 : Mathieu Mottier n'est pas partageur
Mais cette année, le Mayennais n’est pas trop partageur. Non seulement, il est de loin, de très loin même, celui qui a passé le plus de fois le poteau en tête, reléguant son poursuivant immédiat, Alexandre Abrivard, à une grosse trentaine de succès. Mais surtout il affiche un taux de réussite à la gagne de près de 27 %, ce qui n’a plus été fait depuis… Philippe Masschaele ! Depuis son début de saison 2020 sur les chapeaux de roue, rien ne semble pouvoir s’opposer à sa détermination, pas même deux mois d’arrêt l’an dernier dus à la crise sanitaire ou une chute, pourtant assez sévère lors d’un heat sur l’hippodrome de Vire, à quelques jours seulement de l’Étier Finale 5 Ans-Prix de Normandie qu’il gagnera haut la main en selle sur Gladys des Plaines (Opus Viervil). « En 2020, l’année avait été très, très bonne. Je ne m’étais pas dit qu’il fallait rattraper le temps perdu des deux mois d’arrêt du Covid, et 2021 a commencé comme 2020 s’était terminée », nous confiait-il samedi dernier à Vincennes. Mathieu Mottier était aussi mu par la volonté de prouver si besoin était que son premier Étrier d’Or n’était pas un coup d’éclat sans lendemain. « Cela me tenait à cœur de faire au moins aussi bien et j’ai réussi à faire mieux, donc c’est encore mieux, confirmait-il. Je voulais absolument être de nouveau sur le podium et de nouveau lutter pour l’Étrier d’Or. C’était important à mes yeux que 2020 ne soit pas juste un hasard. J’ai eu la chance de monter plein de bons chevaux, d’avoir la confiance de beaucoup d’entraîneurs et j’ai fait beaucoup de déplacements. »

Un record très compliqué à battre
La lutte pour l’Étrier d’Or étant pliée depuis déjà de longues semaines, Mathieu Mottier s’est-il concentré sur la possibilité d’établir un nouveau record ? « Les records sont faits pour être battus mais, à l’heure actuelle, battre celui de Philippe Masschaele est très compliqué, voire impossible. Je ne pourrai pas l’atteindre cette année, répond-il. Mon objectif, que l’on soit en début ou en fin d’année, est de gagner des courses, de monter de bons chevaux. Je ne change rien, je continue à travailler pareil. Si j’arrive à faire cent gagnants, ce sera un beau score. Si je ne le fais pas, ce ne sera pas très grave. »

Entraîner et monter : un handicap ou un avantage ?Observateur attentif, Philippe Masschaele estime aussi que son record devrait survivre un an de plus au moins : « Ce ne sera sûrement pas cette année car Mathieu, qui, je le répète, fait pourtant une très grande saison, surtout qu’il a en parallèle les chevaux de l’écurie familiale, est trop loin à un mois et demi du terme de la saison. » Pour autant, Mathieu Mottier ne considère nullement, au contraire même, qu’être à l’entraînement tous les matins est un atout dans sa carrière. « Le fait de devoir aussi me consacrer à l’entraînement n’est pas un handicap, avance-t-il. J’ai la chance de monter de bons chevaux et d’essayer de préparer les miens du mieux possible pour aligner des victoires. Ce n’est donc pas un inconvénient d’être entraîneur, c’est même un avantage selon moi. »

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