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Actualité - 25.11.2021

Les émojis un an après Quels enseignements ?

Tout est sur la table.
Pierre Belloche

Les émojis ont été lancés durant l'été 2020 et rendus obligatoires à la fin du mois d’octobre. Ils ont été imaginés pour apporter de la lisibilité aux courses de trot, grâce à des informations données par les acteurs de premier rang, les entraîneurs. Un an après, nous vous proposons des données chiffrées extraites de nos bases et d'une étude réalisée par le Pôle Digital de LeTROT. Notre dossier.

L’idée des émojis lancée lors des premières Assises du Trot, le 1er juillet 2020, avait trouvé sa concrétisation quelques mois plus tard avant de devenir obligatoire le 26 octobre de la même année. Demander aux entraîneurs de déclarer leur niveau de confiance pour chaque participation de leurs pensionnaires relève bien de la volonté d’apporter plus d’informations aux parieurs. Et s'inscrit « in fine dans une démarche de soutien, voire de développement du chiffre d'affaires des enjeux » avions nous dit dans ces colonnes lors de la mise en place des émojis.

Les éléments de contexte
Notre étude effectuée sur la période mai à novembre fournit les données suivantes.


Répartition des émojis enregistrés sur les partants
Emoji / Nombre / Proportion
■ Vert / 1.928 / 6 %
■ Orange / 30.760 / 88 %
■ Rouge / 2.253 / 6 %
La proportion des informations les plus engageantes (la confiance pour la victoire (le vert) ou la difficulté à l’envisager (le rouge)) est la plus faible et de même grandeur : 6 % dans chaque cas. La forme de neutralité qui correspond à l’émoji orange concentre à lui seul 88 % des déclarations des entraîneurs.

Répartition des émojis associés aux vainqueurs
Emoji / Nombre / Proportion
■ Vert / 405 / 14 %
■ Orange / 2.376 / 84 %
■ Rouge / 40 / 1 %
Avec 14 % des vainqueurs affublés d’un émoji vert, on obtient bien une surreprésentation de la catégorie (6 % parmi les partants) à l’arrivée. La logique de confiance de ce point de vue est respectée. Même constat de cohérence dans la catégorie rouge avec un très faible nombre de vainqueurs dotés d’un émoji rouge (1 %).
La constance des informations
De mai à novembre, l’autre fait important est l’absence de disparité des proportions entre les différents émojis. Les codes vert et rouge ne connaissent pas de fluctuation importante autour de leur valeur pivot de 6 %. Pour l’émoji vert, les valeurs sont les suivantes.
mai : 6 % - juin : 6 % - juillet : 5 % - août : 6 % -
septembre : 5 % - octobre : 5 % - novembre : 6 %


Décryptage des résultats (chiffres de l'étude menée par le Pôle Digital de LeTROT)
Depuis la déclaration obligatoire des émojis, le 26/10/20, on comptabilise 162 entraîneurs ayant eu de 100 partants et ayant déclaré au moins 5 émojis verts. Sur cet échantillon représentatif de professionnels à la fois présents et engagés dans la démarche (lire par ailleurs), on observe que :
74 % des entraîneurs de l’échantillon (121 sur 162) affichent un taux de réussite supérieur de 30 % dans les trois premiers avec leurs partants déclarés avec un émoji vert,
90 % des entraîneurs de l’échantillon (145 sur 162) affichent un taux de réussite supérieur dans les trois premiers avec leurs partants déclarés avec un émoji vert.

Des cas concrets :
■ Sébastien Guarato / réussite de base dans les 3 premiers = 32,06 % (379 placés sur 1.182 partants)
avec un émoji vert = 90 dans les trois premiers pour ses 167 partants, soit 53,89 %. Sébastien Guarato multiplie sa réussite de base de 1,68 avec ses partants avec un émoji vert.

■ Emmanuel Varin / réussite de base dans les 3 premiers = 15,70 % (182 placés sur 1.159 partants)
avec un émoji vert = 45 dans les trois premiers pour ses 112 partants, soit 40,17 %. Emmanuel Varin multiplie sa réussite de base de 2,56 avec ses partants avec un émoji vert.

■ L’entraîneur qui affiche le meilleur taux multiplicateur avec ses partants émoji vert est Yvan Lacombe. Sa réussite de base dans les 3 premiers : 20,85 % (93 placés sur 446 partants).
avec un émoji vert = 5 dans les trois premiers pour ses 6 partants, soit 83,33 %. Yvan Lacombe multiplie sa réussite de base de 4 avec ses partants avec un émoji vert.

Une information qui fonctionne à l’épreuve des faits : 74 % des entraîneurs ont un taux de réussite supérieur de 30 % avec leurs partants déclarés avec un émoji vert.



Les limites du système
Plusieurs professionnels refusent d'entrer dans la démarche pour des raisons de principe. Joël Hallais, arguant que ses partants courent toujours pour la victoire dans le cadre du dispositif du code des courses, où il est fait obligation de défendre ses chances, a déclaré initialement tous ses partants avec un émoji vert. Depuis le 26 mars, ils sont toujours dotés d'un émoji orange. Même opposition de principe de Junior Guelpa qui déclare ses partants la majeure partie du temps avec un émoji rouge et quelquefois orange. Du coup, il n'apparaît pas dans les statistiques évoquées ci-dessus (n'ayant pas déclaré émojis verts). On trouve donc des opposants de principe, par conviction, mais d'autres aussi qui ne s'impliquent pas, mettant systématiquement du orange, devenant en quelque sorte des abstentionnistes. Or, le succès complet d'un tel système d'information est basé sur l'engagement de tous les acteurs, fournisseurs de l'information. Délivrer une information partielle et/ou inexacte aura tendance à décrédibiliser l'ensemble des données du point de vue de l'utilisateur.

Une piste à suivre ?
Les définitions actuelles des émojis ont suscité de nombreux commentaires de complexité inutile et excessivement engageante lors de leur présentation. Pour rappel :
■ Vert : tous les paramètres sont réunis pour envisager la victoire
■ Orange : plusieurs paramètres sont réunis pour envisager la victoire
■ Rouge : peu de paramètres sont réunis pour envisager la victoire

Une voie de conquête de nouveaux adeptes et pratiquants chez les entraîneurs pourrait être de simplifier les définitions, dans une logique d'adhésion directe par les professionnels comme :
■ Vert : très confiant
■ Orange : moyennement confiant
■ Rouge : pas du tout confiant

Cette piste est justement évoquée par Pierre Belloche, administrateur de LeTrot et impliqué sur le sujet (lire en page suivante).




LA PAROLE AUX ACTEURS : ENTRAINEURS ET PARIEURS

Pierre Belloche, membre du Conseil d’Administration de LeTrot et consultant sur le sujet des émojis dans la Commission du Code.

« Certains entraîneurs préféreraient un indice de confiance »

24H au Trot.- Quel est votre constat, en tant qu’élu et praticien entraîneur, un peu plus d’un an après la mise en place obligatoire des émojis ?
Pierre Belloche.- Nous allons travailler à la révision du système très prochainement au sein de la Commission du Code car il y a des professionnels qui n’entrent pas dans le système. Ce que nous avons entendu, c’est que beaucoup d’entraîneurs disent se « féticher » avec les légendes actuellement retenues. On nous a dit que le terme victoire pouvait gêner. On se doit de voir ce qu’il est possible de changer dans le code des courses. Il y a un travail en cours pour soit reformuler ces définitions, soit passer à deux codes, vert et rouge par exemple. Tout est sur la table et au programme de la Commission du Code pour aboutir à une refonte rapide.

Pouvez-vous préciser les positions des entraîneurs ?
Certains collègues préféreraient parler d’un indice de confiance par exemple pour être à l’arrivée d’un Quinté+ plutôt que de parler de victoire. Il faut bien préciser qu’on ne demande pas aux entraîneurs d’être pronostiqueurs mais de dire si tout est bien réuni pour viser les premières places. Un émoji vert doit interpeller un parieur. À la base du projet, il s'agit de s’adresser aux joueurs novices ou occasionnels. Pour l’instant, je dirais que cette cible n’est pas atteinte. Le système est plutôt un appui pour des parieurs experts dans leur synthèse. C’est pour cela qu’il faut revoir le système.

Dans la partie enseignements positifs, qu’en tirez-vous ?
Le système amène des éléments de langage transparent pour certains parieurs qui suivent les données de près. Dans certaines grandes maisons qui fournissent beaucoup de partants par exemple, le taux de réussite à la place grimpe de 25/30 % à 50/55 % quand les partants ont un émoji vert. C’est parlant. Parmi les autres points positifs, il y aussi les personnes qui étaient réticentes sur ce projet au sein de la Commission du Code qui aujourd’hui le défendent. On est tout d’accord que cela a du sens.
Il faut bien comprendre que les émojis sont un outil de pénétration d’une population de parieurs plus importante. On a tous intérêts à être plus transparents auprès des joueurs. C’est un élément d’un ensemble, tout comme l’optimisation du programme, les travaux marketing et de communication. Au total, c’est cela qui nous a permis aussi de projeter d’augmenter les allocations l’an prochain.









Benjamin Boitez, président de l’Association Nationale des Turfistes (ANT)

« Aujourd’hui, les parieurs ne regardent plus les émojis »

24H au Trot.- Quelle est votre perception sur les informations véhiculées par les émojis ?
Benjamin Boitez.- Avec tous les membres du bureau de l’ANT, nous encourageons toutes les démarches de LeTrot et France Galop qui visent à donner de l’information supplémentaire aux parieurs. Le système des émoticônes de couleurs pour le trot est donc bon sur le principe. Mais dans son application, on se dit que cela ne fonctionne pas. Quand on a tous les chevaux d’une épreuve en orange ou en orange et rouge, cela n’a pas de sens. Et voir un cheval en rouge s’imposer est contreproductif pour les joueurs, à la recherche de transparence et de sincérité. À la base, le système est de bonne foi et simplificateur dans le bon sens du terme en permettant à des gens non initiés aux jeux de l’utiliser facilement. Il se comprend vite et simplement. Mais le fait que certains professionnels ne jouent pas le jeu par leurs déclarations, en mettant par exemple du rouge tout le temps, ruine le système dans son ensemble. Aujourd’hui, je pense que la plupart des turfistes ne regardent plus les émojis car le système a trop été tourné en dérision.

Quelles pistes proposez-vous ?
Il faut que cela bouge. Soit on l’arrête, soit on le change. Dans ce deuxième cas, une possibilité serait de laisser le libre choix aux professionnels de ne pas s’engager - s’ils ne le font pas bien - par un choix NSP (ne se prononce pas) avec une couleur distincte et neutre (grise ?), pour preuve de leur abstention. Et pour encourager les professionnels à déclarer des émoticônes, on pourrait aussi imaginer une présentation moins engageante avec trois niveaux de confiance.

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