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Actualité - 21.12.2021

Comment faire baisser la tension sur le marché du travail ?

L’IFCE vient de rendre publique une enquête sur l’attractivité des métiers liés à l’entraînement des chevaux de courses. Le travail est transversal et concerne tant le trot que le galop. Il pointe les « défaillances » de l’univers des courses dans sa capacité à attirer de nouveaux salariés dans le secteur de l’entraînement. L’attractivité des métiers existe bel et bien et peut même s’adosser à de solides atouts mais pêche aussi notamment dans les domaines des perspectives d’évolution professionnelle, d’intégration des arrivants et de management du corps des employeurs et d’encadrement.

L’enquête de l’IFCE (Institut Français du Cheval et de l’Equitation) par son ampleur (880 interviewés dont 51 dans le cadre d’un entretien ouvert qui enrichit des données qualitatives) et la mobilisation des trois principaux syndicats d’employeurs concernés par l’activité d’entraînement dresse un point complet et actualisé du sujet avec trois objectifs :
■ quantifier et expliquer les flux d’apprenants, de salariés et de reconvertis,
■ partager et hiérarchiser les freins à la formation et à l’emploi,
■ identifier des leviers prioritaires de revalorisation de ces métiers (liés à l’entraînement).
Pour faire face aux difficultés de recrutement des cavaliers d'entraînement et lad-jockeys et drivers, cette enquête pointe en préconisations trois priorités :
1/ Travailler à une meilleure intégration des stagiaires en entreprise,
2/ Développer une gestion managériale des personnels et des parcours professionnels (augmentation des rémunérations, respect/valorisation des salariés),
3/ Optimiser les stratégies d’orientation vers les métiers des courses.
On peut parler d'une véritable de prise de conscience de la filière des courses, avec l'engagement total des représentants des employeurs via les différents syndicats et associations (le SEDJ pour le trot).

Les données de l’étude
■ 5 catégories de personnes interrogées : apprentis, formateurs, salariés, reconvertis et entraîneurs
■ des personnes qui sont rattachées à 5 campus de l'AFASEC, au Centre de Formation des Apprentis de l'Etablissement public agricole de Laval et à 3 MFR situées en Normandie
■ 880 questionnaires analysés et 51 interviews conduites pour l’enquête
■ 4.145 salariés dans la filière courses (2.525 au galop et 1.620 au trot)


L'organisation de l'étude
C’est Carole Troy, responsable de l’observatoire des Métiers, des Emplois et des formations de la filière équine à IFCE, qui a animé et dirigé cette étude avec un groupe de pilotage comprenant :
■ François-Xavier de Chevigny, entraîneur de galopeurs et président de l’AEDG (Association des Entraîneurs de Galop),
■ Frédéric Danloux, ancien entraîneur et secrétaire général de l’AEP Galop (Association des Entraîneurs Propriétaires),
■ Stéphane Meunier, entraîneur de trotteurs et président du SEDJ (Syndicat des Entraîneurs, Drivers et Jockeys du Trot),
■ Guillaume Herrnberger, directeur de l'Emploi et de la Formation en charge de l’AFASEC (Association de Formation et d’Action Sociale des Écuries de Courses).

Le constat initial : une tension sur le recrutement qui touche particulièrement la filière équine
Si les données actuelles de l’emploi en France (8,1 % de chômage mais 45 % des recrutements sont jugés difficiles par les employeurs, tous secteurs confondus), la filière équine est parmi celles qui sont les plus impactées. Guillaume Herrneberger précise sur ce point : « Les difficultés de recrutement sont encore plus importantes dans les secteurs à « plus forte pénibilité », comme le BTP, Hôtellerie et restauration, la santé et l’action sociale. Les courses sont touchées par ces difficultés. Notre filière fait face à un niveau de tension même encore plus élevé. Nous sommes dans un marché de l’emploi dirigé par le candidat. Nous sommes face à une pénurie d’employés et candidats. »





Les métiers de cavaliers et lad-drivers prochainement déclarés en tension (pour le recrutement)
François-Xavier de Chevigny explique dans le domaine des difficultés de recrutement des cavaliers d’entraînement : « Grâce à cette étude conduite par l’IFCE, on a pu solliciter le Ministère de l’Agriculture pour déclarer notre filière professionnelle en tension dans le domaine de l’emploi. Le Ministère de l’Agriculture est en train de travailler avec le Ministère de Travail pour déclarer nos métiers en tension. Cela peut nous permettre de favoriser certains recrutements, notamment à l’étranger. »

Nous sommes sur un marché de l'emploi dirigé par le candidat.
Guillaume Herrnberger

LES 4 TENDANCES SUR L'EMPLOI ET LA FORMATION

L’analyse des réponses et des interviews permet d’identifier 4 tendances en matière d’emploi et de formation pour les métiers liés à l’entraînement :
1. Densification du travail dans les écuries de courses du fait de :
■ l’augmentation du nombre de réunions
■ la mise en place des 35 heures ; cette dernière a créé a contrario « une augmentation des volumes horaires » et entraîne une forme de tension au travail dès lors que celui-ci ne se fait plus dans la sérénité.
2. Trop faible transformation du travail créant un écart avec les attentes des jeunes. Sur ce point, Stéphane Meunier précise : « C’est un métier manuel où la notion de mécanisation est très faible. Il existe des progrès à faire pour soulager dans certaines actions notre main d’œuvre mais il faut faire attention à ne pas tomber dans les travers de l’agriculture avec l’élevage intensif. On voit d’ailleurs l’image néfaste que peut avoir l’opinion sur ce secteur. Nous devons donc évoluer vers le juste équilibre main d’œuvre/mécanisation tout en intégrant le bien-être animal. »
3. Augmentation des niveaux de tension au recrutement entraînant une plus faible sélection du fait de :
■ la raréfaction des candidats aux postes de cavalier d’entraînement/lad-driver/lad-jockey. « On a de moins en moins de jeunes qui rentrent dans les écoles de formation spécialisée. »
■ la diminution du nombre de candidats par les formations aux métiers de l’entraînement.
4. Turnover important
Le turnover se fait de manière interne à la filière, avec des salariés qui passent quelquefois rapidement d’une écurie à l’autre. Mais il y a aussi le turnover externe avec 20 % des effectifs hippiques (850 personnes sur 4.100 salariés) qui quittent les entreprises hippiques par an.











LA QUESTION DU RENOUVELLEMENT DES SALARIÉS DANS LES MÉTIERS D'ENTRAÎNEMENT

Selon Guillaume Herrnberger, avec le turnover de 20 % dans la filière courses, « c'est tous les ans entre 800 et 1.000 salariés à intégrer dans nos écuries. Et sur ces nouveaux entrants, seulement 20 % sont issus d'une des neuf écoles spécialisées (dont fait partie le réseau AFASEC). Sur 1.000 nouveaux entrants, seulement 200 viennent avec une formation spécialisée à l'univers des courses ».
Pour ceux qui sortent des écoles spécialisées, l'insertion est réussie dans 95 % des cas. Il s'agit du meilleur passeport à l'insertion et c'est donc parmi les non-formés que se nourrit le mouvement de départ de la filière.

Dans le domaine des cavaliers d’entraînement/lads-drivers/lads-jockeys, 70 % se présentent avec une formation spécialisée.
© ScoopDyga

Il faut un juste équilibre entre main d'œuvre et mécanisation.
Stéphane Meunier

La baisse du niveau de la sélection
La rareté des candidats a aussi une conséquence sur leur niveau. Les formations de cavalier d’entraînement/lad-driver/lad-jockey ont dû baisser leur niveau d’exigence en entrée, un niveau qui se répercute ensuite lors du cycle de formation.

Une formation spécialisée jugée performante
Le niveau de satisfaction sur la formation prodiguée par les cursus spécialisés est élevé (94 % pour les cavaliers d’entraînement/lads-drivers/lads-jockeys, 80 % pour l'ensemble des salariés) et permet une intégration réussie.

Les axes d'amélioration
En dépit d'une formation efficace, l'étude cible trois axes d'amélioration pour répondre aux attentes notamment des employeurs : bonifier les enseignements techniques, favoriser la continuité physique et inculquer le « goût de l'effort ». Le processus pourrait ainsi valoriser le temps passé en entreprise lors des deux dernières années de formation de manière plus importante.

LES TROIS FACTEURS DE SUCCÈS EN ENTREPRISE
L'étude met en lumière trois critères majeurs de réussite pour une bonne intégration :
1/ la bonne ambiance au sein de l'écurie,
2/ la disponibilité du tuteur et sa capacité d'écoute,
3/ la qualité de l'accueil lors des premiers jours.

Dans les entreprises hippiques, les points 1/ et 2/ posent problème. Cela renvoie à toute la question du management des entreprises hippiques et de la place du jeune en son sein. Le statut d'apprenti n'est pas suffisamment considéré et est traité de manière différente de celui du salarié. « Le monde a changé et les entraîneurs sont démunis face à des attentes d'un management plus moderne », explique Frédéric Danloux. Il faut que les jeunes qui arrivent dans les écuries se sentent mieux perçus et valorisés. Et pour cela, il y a un chantier important à entreprendre sur la formation des entraîneurs et des personnels d'encadrement des écuries à de nouvelles méthodes de management.

LES FREINS DANS LA SÉCURISATION D'UNE CARRIÈRE
Au trot, quatre raisons sont invoquées quant à l'insatisfaction née du métier de lad-driver/lad-jockey :
1/ La rémunération
2/ Le domaine de la santé et de la sécurité au travail
3/ L'équilibre entre la vie privée et vie professionnelle
4/ L'évolution des compétences et la capacité à évoluer dans l'entreprise dans une logique de carrière.
Stéphane Meunier éclaire sur ces sujet : « Au trot, le problème de la rémunération n'est pas liée au taux horaire, plus important que dans beaucoup d'autres secteurs dans notre convention collective. Il renvoie plutôt à la question des primes, avec un taux de seulement 0,55 % sur les résultats d'écurie ou les primes de panier qui sont insuffisantes. Quant au problème de l'évolution de carrière, c'est un thème partagé avec les TPE (très petites entreprises). »
Ces freins au métier ont pour conséquence un turnover particulièrement important auprès des salariés en début de carrière. 24 % des entrants en 2018 ne sont plus dans les courses en 2020. 38 % des salariés reconvertis (venus d'un autre secteur) ont moins de 5 ans de métier.
L'incertitude sur la durée d'employabilité est très importante : 30 % des salariés ne savent pas s'ils feront ce métier dans les cinq prochaines années. 20 % d'entre eux pensent même arrêter.

LES 3 LEVIERS À ACTIVER PRIORITAIREMENT POUR RENDRE LES MÉTIERS PLUS ATTRACTIFS

L'étude se conclut sur trois préconisations :
1/ Travailler à une meilleure intégration des stagiaires en entreprise via un tutorat plus présent, une disponibilité à la formation interne, une véritable implication auprès des écoles de formation,
2/ Consacrer du temps au management des parcours professionnels pour donner de la visibilité et permettre aux entrants de mieux savoir où ils peuvent aller, vers quoi ils peuvent évoluer (en termes de rémunérations, responsabilités, etc.). Cela passe par un changement du management au sein des entreprises hippiques,
3/ Optimiser les stratégies d'orientation vers les métiers des courses. C'est la formation interne au sein des entreprises hippiques, un pan largement ignoré à ce jour. Stéphane Meunier développe sur ce point : « Il faut envoyer nos salariés en formation. Cela contribuera au relâchement des tensions. Un salarié bien formé est un vrai enrichissement pour l'entreprise. Il y a actuellement un travail qui se fait entre le GHN, l'AEG et le SEDJ pour faire une convention collective commune. L'idée est de créer des passerelles et de former nos salariés aux métiers du cheval. Qu'un salarié s'ouvre à d'autres compétences : qu'il sache réparer du cuir, faire les premiers soins, conduire convenablement un camion, etc. Pourquoi pas qu'il suive une formation pour devenir starter. L'enjeu est qu'un salarié puisse se dire : « Je peux faire 20, 30 ou
35 ans dans la filière cheval. » Nous, comme entreprises, on doit être là pour les accompagner. »


Un périmètre qui n’inclut pas les autres branches de la filière équine
Le périmètre de l’étude est focalisé sur les seuls métiers de cavaliers d’entraînement (galop) et lads-jockeys et lads-drivers (trot). On ne parle donc pas ici des autres métiers des écuries, ni des métiers en lien avec l’entraînement comme la maréchalerie par exemple. Cette approche très pointue exclut à plus forte raison tous les métiers des autres filières du cheval, dont l’importante branche équestre (représentée par la FFE et le GHN notamment), un secteur en concurrence directe dans le domaine de la formation avec les métiers des courses.

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